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Droit 2.0 Apprendre et pratiquer le droit au XXIème siècle

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Bruno Dondero publie son oeuvre Droit 2.0: apprendre et pratiquer le Droit au 21ème siècle.

droit2.0Le monde du droit vit une révolution. Cela concerne la manière dont les 200 000 étudiants en droit sont formés actuellement dans les universités françaises. Cela concerne aussi la manière dont les avocats et les autres professionnels du droit travaillent. Cela se traduit enfin par une lutte pour le droit, à la fois en France et dans le monde.

Cette révolution que vit le monde du droit est d’abord technologique. Internet, les réseaux sociaux, les algorithmes, les robots, sont autant de facteurs d’évolution de la vie des juristes et de la pratique du droit. Ces mutations technologiques s’accompagnent d’évolutions sociologiques, de nouvelles pratiques, de nouveaux textes comme la loi Macron, qui contribuent, ensemble, à dessiner le droit du futur, le « droit 2.0 ».

C’est tout d’abord l’enseignement du droit qui est concerné. Internet permet de diffuser de l’information juridique plus vite que cela n’a jamais été possible.

Cela remet en question les pratiques d’enseignement traditionnelles. Est-il encore opportun pour les universités d’investir massivement dans des amphithéâtres pour réunir les étudiants, si c’est pour leur transmettre de l’information qu’ils pourraient trouver facilement sur internet ? Ne faut-il pas privilégier le recours à des vidéos pédagogiques, moyen plus économique et dans le même temps plus efficace pour transmettre le savoir ? Le succès des MOOCs (Massive Open Online Courses) invite à s’interroger, tandis que Facebook et Twitter se révèlent des instruments pédagogiques fort utiles pour qui veut bien réfléchir à leur utilisation. L’enseignement de demain, et pas seulement en droit, se fera-t-il encore sur le modèle traditionnel ? Et la sélection, qui existe aussi bien officiellement que dans les faits, avec d’importants taux d’échec dans les premières années, est-elle inévitable ? Le rôle des enseignants est appelé à changer, sans que cela soit nécessairement synonyme de dévalorisation.

C’est aussi la pratique du droit qui est bouleversée par le droit 2.0. Le droit lui- même évolue, et devient toujours plus complexe et mouvant. À côté du réchauffement climatique, les cerveaux bouillonnants des juristes sont à l’origine d’un phénomène de réchauffement juridique. Les sources de droit se multiplient, le juge ne se contente plus d’appliquer la loi, et les autorités administratives indépendantes produisent de nombreuses règles. Le crowdsourcing de la loi qui est à l’œuvre avec la loi pour une République numérique accentuera-t-il encore l’évolution du droit ? Les principales professions du droit, des avocats aux juristes d’entreprise, en passant par les notaires, doivent en tous les cas s’interroger sur leur manière de travailler et sur leur relation avec leurs clients, leurs concurrents et les autres professions, sous peine de se voir « uberiser » par d’autres acteurs, comme les start-ups du droit ou les experts-comptables. De nouveaux métiers apparaissent dans le même temps, de nouvelles professions du droit 2.0. C’est encore le monde de l’édition qui doit s’interroger sur la manière dont les ouvrages et les revues juridiques seront utilisés dans le futur.

Se déroule enfin une véritable guerre du droit, c'est-à-dire une lutte des uns et des autres pour pratiquer le droit, et pour pratiquer leur droit. Se pose aujourd’hui la question de la place du droit français dans le monde. Il nous appartient de défendre notre droit, sous peine de voir se réduire non seulement son influence, mais aussi la place de la culture française et celle de la francophonie. Les pays anglo-saxons mènent une guerre d’influence intense pour faire connaître et appliquer leurs droits. Le droit français doit prendre sa place dans ce combat, et les nouvelles technologies peuvent nous aider dans cet exercice de soft power. C’est peut-être grâce au droit 2.0 que Paris place de droit gardera son influence.