La perte d’attractivité des places financières européennes se confirme

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Kroll (ex Duff & Phelps), leader mondial de services et solutions digitales liés à la gouvernance, la maîtrise des risques et la transparence, annonce la publication de son enquête annuelle « Global Regulatory Outlook », dédiée à l’analyse de la réglementation financière, de son évolution et de son incidence sur l’attractivité des places à l’échelle mondiale.

  • L’enquête « Global Regulatory Outlook 2021 » menée par Kroll (ex Duff & Phelps) auprès de 250 décideurs de la finance1 montre que seuls 31% des sondés considèrent Londres comme le premier centre financier mondial en 2021, contre 34% l'an dernier (et une baisse de 22% depuis 2018) ;
  • Malgré le Brexit, les grandes places financières d’Europe continentale ne tirent pas leur épingle du jeu, à l’instar de Paris qui n’est considérée comme la première place financière mondiale que par 1,7% des professionnels sondés (et 0,5% pour Francfort), sans anticipation d’un inversement de tendance à moyen terme ;

  • 60% des décideurs interrogés considèrent que New York est aujourd’hui le premier centre financier de la planète (en hausse de 4% par rapport à l'année dernière), tandis que 18% prédisent que la Chine est appelée à devenir l’épicentre de la finance mondiale dans les cinq années à venir.

Un recul significatif dans l’appréciation des places financières européennes

La 9ème édition de cette enquête montre, dans le contexte de crise sanitaire et économique, une confirmation des tendances observées ces dernières années avec, notamment, une baisse de l’attractivité des places financières européennes sous l’effet du Brexit et, en particulier, de Londres.

En effet, seuls 31% des décideurs financiers interrogés pour l’étude considèrent que la capitale britannique est aujourd’hui la première place financière mondiale, contre 53% il y a 3 ans. Malgré ce recul significatif de Londres, ni Paris, ni Francfort ne semblent bénéficier d’un report d’attractivité, n’étant respectivement perçues comme l’épicentre de la finance mondiale que par 1,7% et 0,5% des répondants.

Si le Royaume-Uni continue de bénéficier de la législation la plus plébiscitée par les professionnels de la finance (31%) face aux États-Unis et à Singapour (25 %), seuls 18% des sondés considèrent que la capitale britannique sera le premier centre financier de la planète dans 5 ans, sans qu’aucune ville européenne ne soit appelée à lui succéder à ce stade.

Maintien du leadership de New-York et montée en puissance de la Chine

L’étude montre que New York conserve son statut de capitale financière mondiale selon 60% des décideurs interrogés, soit 4% de plus qu’en 2020. Pour autant, la perspective d’un renforcement de la régulation financière par l’administration Biden, anticipée par près de 15% du panel, pourrait avoir une incidence à cet égard, notamment en faveur de la Chine.

En effet, près des deux tiers des professionnels sondés (64%) considèrent que la Chine est appelée à devenir le cœur de la finance mondiale dans les prochaines années (dans 5 ans pour 18% d’entre eux). L’Empire du Milieu bénéficie notamment d'une classe moyenne en pleine expansion et d'une économie qui s'est rapidement remise de la pandémie. 29% des sondés déclarent néanmoins que le risque réglementaire pour leur entreprise a été accru par les différends commerciaux entre les États-Unis et l’administration de Xi Jinping (cette donnée atteignant même 60% à Hong Kong), ce qui est susceptible de favoriser l’Inde, considérée par 16% comme le principal hub financier des années à venir.

La conformité : un centre de coûts toujours significatif

Un autre constat de l’enquête est le poids financier des politiques de conformité pour les entreprises du secteur financier. En 2021, près d'un tiers (32%) des répondants prévoient que le coût total de la mise en conformité de leur société sera supérieur à 5% de ses revenus annuels, ce qui constitue une prolongation de la tendance observée en 2020. Seuls 12% s'attendent à ce que leurs dépenses en conformité soient inférieures à 1% cette année.

Ce coût peut s’expliquer, d’une part, par l’impact de la pandémie et des risques afférents (cyber fraudes …), mais également par la forte implication en matière environnementale, sociale et de gouvernance des acteurs interrogés. À cet égard, 48% des répondants ont déclaré avoir déjà mis en place une politique ESG complète et des procédures de conformité correspondantes.

« Le contexte de crise sanitaire a rendu critique l’exigence de conformité et de nombreux acteurs interrogés soulignent que la pandémie a considérablement fait croître le risque réglementaire pesant sur leur activité, notamment en raison du travail à distance. En conséquence, les besoins en termes d’investissements pour la mise en conformité devraient s’avérer très importants en 2021, d’autant que les décideurs financiers accordent une attention grandissante aux politiques ESG, qui induisent également des dépenses en matière de compliance » conclut Hannah Rossiter, Directrice de la practice Compliance et Réglementation Financière du bureau parisien de Kroll.

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1 Les 250 professionnels interrogés sont des décisionnaires de haut-niveau dans des entreprises financières (gestionnaires d’actifs, investisseurs, traders …) issus des principales places en Europe, Asie et aux États-Unis.

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